Une monnaie locale keynesienne – 1

Depuis quelques temps, je m’intéresse aux monnaies complémentaires. J’ai suivi de près le développement du Léman, j’ai participé aux Systèmes d’Échanges Locaux, mais je n’ai pas été très convaincu des fonctionnement de ces monnaies. J’ai utilisé plusieurs de ces monnaies de temps à autre, mais aucune d’entre elles est rentrée dans mon usage quotidien.

Après quelques années de réflexion, et grâce à cet article de The Archdruid Report (blog très intéressant, que je vous invite à lire) et à plusieurs articles de Goofynomics (autre blog très intéressant, mais réservé aux italophones), j’ai trouvé le point faible de la plupart des monnaies complémentaires. L’explication de ce point, après l’image.

autocollant_cigalonde (source image)

Dans un territoire utilisant une monnaie, le commerce est libre: tout le monde peut faire des affaires avec tous ceux qui utilisent la même monnaie, et l’argent circule facilement de main en main.

Vice-versa, entre deux territoires utilisant des monnaies différentes le commerce est plus complexe: avant d’acheter des produits de l’autre territoire, je devrai d’abord acheter de la monnaie locale, et seulement après cette opération je pourrai acheter mes produits.

Et le prix d’achat de la monnaie locale est variable, soumis à un taux de change. Si tout le monde veut acheter des produits d’un seul et même pays, tout le monde devra acheter de la monnaie de ce pays, et cette monnaie gagnera de la valeur, jusqu’à rendre les produits achetés en monnaie locale trop chers pour les acheteurs étrangers.

On peut voir ce phénomène en pratique à la Douane de Moillesulaz, entre Thônex (CH) et Gaillard (F). La douane est située au milieu d’une rue commerçante: les commerces du côté français travaillent en Euros, et les commerces du côté suisse travaillent en Francs. En janvier 2015, l’Euro s’est déprécié face au Franc (de 1.20 Francs pour un Euro à 1.00 Francs pour un Euro): comme conséquence, dans les bureaux de change les Euros étaient en rupture de stock et les magasins français étaient pleins à craquer.

1200px-douane_de_moillesulaz(la douane de Moillesulaz – source image

Dans une communauté utilisant une même monnaie, on observe toujours une spécialisation. Les métiers plus spécialisés (directionnel, tertiaire) se concentrent en une grande ville, caractérisée par des prix élevés et une très bonne qualité de vie, tandis que les métiers plus basiques (agriculture, industrie, artisanat) prennent place le reste du territoire, caractérisé par des prix bas et une qualité de vie moyenne. On peut observer cette spécialisation dans plusieurs pays (entre parenthèses, les villes où se concentre le tertiaire et le directionnel):

  • France (Paris)
  • Royaume-Uni (Londres)
  • Italie (Milan-Turin-Gênes)
  • États-Unis (Corridor Boston-Washington et Californie)
  • Suisse (Région Lémanique, Région Zurichoise)

Quand plusieurs pays se réunissent dans une communauté de libre-échange ou adoptent une même monnaie, la spécialisation se fait au niveau de la communauté de libre échange.

  • Au niveau européen, les fonctions tertiaires et directionnelles se concentrent dans l’Europe Rhénane.
  • Au niveau mondial, la production industrielle se concentre en Asie.

Carte_Europe_rhénane_5_nomenclature(source image)

Les monnaies locales naissent avec le but de contraster cette hyper-spécialisation typique des grandes communautés de libre-échange. L’explication détaillée, dans le prochain billet.

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