La dictature de la géométrie

Comme je disais dans les deux billets précédents, j’ai participé à plein de discussion sur des projets innovants (coopératives d’habitation, monnaies locales, écovillages…) et  j’ai remarqué que, dans toutes ces discussions, les participants se divisaient en deux catégories:

  • Les rêveurs, qui imaginaient toutes sortes de modèles alternatives et de solutions innovantes
  • Les bricoleurs,prennent les idées imaginées par les rêveurs, les testent en pratique, et les transforment en projets concrets.

J’ai aussi remarqué que, une fois un projet réalisé, les critiques plus virulentes à son égard venaient souvent des rêveurs, notamment de ceux qui avaient donné l’idée initiale. Ils accusent ceux qui y avaient travaillé dessus d’avoir trahi les idéaux initiaux, d’avoir cédé aux sirènes du monde extérieur, du capitalisme et de l’argent, d’avoir fui le conflit…

Tandis que, dans la plupart des cas, les compromis n’avaient pas été faits avec le capitalisme ni avec le monde extérieur, mais juste avec la géométrie.

Pour démontrer ce concept, prenons un classique de l’architecture moderne, l’Unité d’Habitation de Lé Corbusier. (J’ai pas mal écrit à propos des Unités d’Habitation, pour aller plus loin sur ce concept, vous trouverez toute la série à partir d’ici)

L’Unité d’Habitation était un édifice utopique, contenant à son intérieur toutes les fonctions: de l’habitat, des commerces, des loisirs… Comme un navire, l’Unité d’habitation flottait dans le paysage environnant: les commerces et loisirs étaient en haut, loin du chaos de la ville, et bénéficiaient d’une vue magnifique sur le paysage environnant.

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Image: la piscine sur le toit de l’Unité d’Habitation de Marseille (source image)

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La galerie commerciale de l’Unité d’Habitation de Marseille, à mi-hauteur. (source image)

Mis à part le bâtiment-témoin à Marseille, dans tous les cas, les commerces et services de l’Unité d’habitation ont vite fait faillite, et ont été vite abandonnés ou remplacés par des logements précaires.

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Rome, Corviale, 1972-1982. Au centre de l’image, la galerie commerciale, abandonnée et squattée. (image: flickr)

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Paris, le Centre Commercial Beaugrenelle. À l’origine, ce centre commercial était au 1er étage. Après quelques années d’abandon, le centre commercial a été déplacé au rez-de-chaussée.  (image: flickr)

Pour expliquer cet échec, partons d’un des axiomes de la géométrie classique:

Entre deux points, la droite est la ligne la plus courte.

Certaines lignes courbes peuvent être plus belles: des paraboles, des hyperboles, des cycloïdes… mais les gens pressés, qui cherchent le chemin le plus court entre deux points, finiront toujours par parcourir une ligne droite.

Une activité qui cherche à intercepter des gens pressés aura tout l’intérêt à se placer le long d’une ligne droite.

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Genève, Rue de Carouge. Les habitants qui rentrent du travail arrivent en tram, font leurs courses dans la magasin au rez et montent à la maison à l’étage. Le parcours est le plus court possible. (image: wikipedia)

4850185706_9e792455ef_bDes touristes dans un restaurant à la montagne. Les touristes ne sont pas pressées et ont tout le temps de faire un détour pour admirer le paysage ou goûter une bonne fondue. (image: flickr)

Donc, une rue commerçante a l’étage, dans un bâtiment en ville, n’est pas une bonne idée:

  • Pour les habitants des étages supérieurs du bâtiment, cette disposition impose une halte: il faut sortir de l’ascenseur à l’étage commercial, faire ses achats et reprendre l’ascenseur pour monter aux étages supérieurs.
  • Pour les habitants des étages inférieurs du bâtiment, cette disposition impose un petit détour: il faut monter à l’étage commercial, faire ses achats, puis redescendre à son logement.
  • Pour les habitants venus de l’extérieur, cette disposition impose un grand détour: il faut monter à l’étage commercial, faire ses achats, redescendre au rez et repartir vers son logement.
  • Les seuls qui pourraient être gagnants de cette disposition sont les touristes, qui se retrouvent avec une rue commerçante très panoramique. Encore, il faut qu’il trouvent cette rue commerçante cachée à l’étage d’un bâtiment, et qu’y aient envie d’y revenir.

Pour faire échouer un tel projet, il suffit de proposer une alternative capable de raccourcir le parcours des habitants.  Un simple camion-bar, placé à l’entrée de l’immeuble, peut très bien faire l’affaire.

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(image: flickr)

Vivre à la campagne sans voiture

Dans le billet précédent, j’avais parlé du rêve de vie à la campagne sans voiture, du point de vue d’un rêveur. Essayons maintenant de monter le même projet par un bricoleur. Le résultat serait plus ou moins celui-ci.

1) S’assurer que vivre à la campagne sans voiture est vraiment une priorité pour nous.
Avant d’entreprendre quelconque changement, mieux vaut vérifier notre motivation. Voulons-nous vraiment vivre à la campagne? Voulons-nous vraiment vivre sans voiture? Est-ce que nous faisons ce choix pour satisfaire nos besoins intérieurs, ou bien nous cherchons à satisfaire un besoin induit par l’extérieur?

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(source image)

2) Esquisser un projet de vie
Voulons-nous vivre seulement à la campagne, ou aussi y travailler? Est quid des loisirs? Où aimerions-nous faire nos courses? Où scolariser nos enfants? Est puis quel type de campagne? Au lac? À la montagne? Au milieu des champs de betteraves? Toutes ces questions nous donneront un aperçu de notre projet de vie: à ce point nous saurons de quoi nous avons besoin, maintenant il faut trouver l’endroit qui va satisfaire tous ces besoins.

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(source image)

3) dresser une première liste d’endroits où habiter
À ce point là, on peut commencer à dresser une première liste d’endroits susceptibles d’accueillir notre projet de vie: étant donné que nous sommes sans voiture, il s’agira probablement de villages proches d’une gare de chemin de fer, avec des écoles et des commerces sur place.

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(source image)

4) Étudier les réseaux et horaires des transports publics locaux
En Suisse, la plupart des villages (par exemple, Bavois, Romainmôtier, Yvonand), sont desservis par le train au moins une fois par heure, de 5-6 heures du matin à minuit (on trouve tous les horaires sur le site des CFF). En France, l’offre en transports publics est moins bonne:  Des villes et villages situés le long d’une ligne de chemin de fer (par exemple, Bellegarde, Culoz, Ambérieu-en-Bugey) sont desservis une fois toutes les heures ou toutes les deux heures (généralement, jusqu’à 19h-20h), tandis que des villes et villages le long d’une ligne secondaire sont desservis quelques fois par jour (on trouve les horaires sur le site des SNCF). Votre choix dépendra beaucoup de votre style de vie: si vous pensez de bouger beaucoup, un village bien connecté est un choix presque obligé. De plus, si vous pensez d’habiter à la campagne et de travailler en ville, sachiez que vous ne serez pas le seuls à faire ce choix, et que les transports seront bondés aux heures où vous seriez censés les utiliser.

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(source image)

5) Choisir un village vivant
Plusieurs villages ont vu leurs écoles et leurs commerces fermer, concurrencés par les services en ville et par les centres commerciaux de banlieue. Il faudra donc choisir un village ayant les services de base à proximité.

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(source image)

6) Étudiez toutes les solutions de transport
Pour rejoindre des endroits non desservis par les transports publics on peut aussi utiliser un vélo, organiser un covoiturage (on peut réserver facilement des covoiturages sur BlaBlaCar), ou réserver un taxi. On peut aussi étaler un voyage sur plusieurs jours, et dormir dans un hôtel ou une chambre d’hôtes si on doit aller en ville ou dans un autre village. Chaque moyen de transport a ses particularités: le vélo fonctionne bien les jours de beau temps, un peu moins bien sous la pluie, et le covoiturage marche bien dans les heures de pointe (le matin et le soir pour les trajets pendulaires, le weekend et lors des grandes vacances pour les longs trajets), moins bien aux heures creuses. Les taxis et les hôtels sont assez chers, mais avec l’argent qu’on gagne en n’ayant pas de voiture, on peut se permettre ces dépenses.

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(source image)

7) Partagez
À la ville, on trouve tout facilement: on a une vaste offre de commerces et de loisirs et tout est à proximité. À la campagne avec une voiture, on trouve tout facilement: commerces et loisirs sont plus lointains, mais on peut les rejoindre très facilement. À la campagne sans voiture, l’offre devient plus restreinte: d’où l’intérêt à partager ses ressources. On pourrait par exemple s’échanger des petits services (cuisine, courses, garde des enfants), partager des ressources (outils de travail, voitures) ou tout simplement socialiser. Pour ce faire, on peut aller à la rencontre de ses voisins, rejoindre une société locale, ou vivre de manière communautaire dans un habitat partagé ou dans un écovillage (comme celui-ci).

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(source image)

Pour la petite histoire, j’ai fait moi-même cette démarche. Pour moi c’était très important de pouvoir vivre sans voiture (je déteste conduire), mais ce n’était pas primordial d’être à la campagne: être à la campagne en 10-15 minutes de marche me suffisait. Donc, je continue à vivre en ville, mais je travaille pour la plupart à la campagne, et les weekends je suis souvent en balade. J’utilise beaucoup les transports publics (souvent à l’envers des flux principaux de trafic) et quelques fois le vélo.  Les photos que illustrent cet article représentent des endroits où j’ai vécu ou que j’ai fréquenté régulièrement.

Rêveurs et bricoleurs

Je participe souvent à des groupes de réflexion sur des projets d’innovation, et j’ai remarqué que dans ces groupes il y a souvent deux types de personnes.

Le premier type est celui des rêveurs: ils réfléchissent sur la meilleure manière de changer la société, ils posent beaucoup de questions, ils parlent souvent au futur ou au conditionnel.

Voici quelques exemples de discours de rêveurs, pris de la revue Silence :

La campagne sans voiture, ça n’existe pas ? 
Quelle belle contradiction : l’écolo est censé habiter à la campagne, et la vie à la campagne «est impossible sans voiture». Or quoi qu’on dise «la bagnole, ça  pue, ça tue et ça pollue» et «les carapaces, ça prend de la place» et même à la campagne. Moralité le soi-disant modèle écologique serait dramatique s’il était généralisé.

L’habitat écolo sera-t-il à la campagne ?
C’est une grande contradiction : les écolos veulent vivre proche de la nature, pour cela, ils font appel aux engins et au système les plus destructeurs des milieux naturels : la voiture et tout ce qu’elle implique. Peut-on résoudre ce paradoxe ?

Un projet rural sans voiture ?
Pour développer des alternatives à la voiture en milieu rural, il faut se confronter à des obstacles structurels, systémiques et psychologiques.

(pour les articles complètes, on peut télécharger le PDF de la révue ici)

Dans les trois articles, la forme est la même: on commence avec une question très générique sur un changement de société qu’il faudrait faire pour vivre mieux, on développe sur les difficultés qui rendent presque impossible ce changement de société, et on continue sur ce ton, sans donner des pistes pour aller dans le sens du changement souhaité (dans ce cas, la vie à la campagne sans voiture).

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(source image)

Le deuxième groupe est celui des bricoleurs: ils parlent peu, souvent au présent, ils posent des questions précises. Et à côté, souvent en solitaire, ils expérimentent. Ils lancent des idées, les mettent en pratique, écartent vite celles qui ne marchent pas, puis perfectionnent celles qui marchent…

Pour faire un exemple, prenons le même thème (la vie à la campagne sans voiture) et analysons-le du point de vue d’un bricoleur. Les résultats de cette analyse sont dans le prochain billet.

Collaboration avec la Coopérative Batir Groupé

Depuis octobre 2014, La Ville Nouvelle collabore avec la coopérative Bâtir Groupé, sur une série de projets de cohabitat dans les cantons de Vaud et Fribourg.

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Pour plus d’infos, n’hésitez pas à faire un tour sur leur page!

Sur la difficulté de mener à bien un projet d’écovillage

Depuis quelques temps, je note un regain d’intérêt par rapport aux écovillages: beaucoup de personnes sont à la recherche d’une manière de vivre et travailler qui soit différente de celle qui était jusqu’à présent proposée par la société occidentale:

  • la possibilité de flexibiliser son travail, tout en gardant une certaine sécurité économique.
  • la possibilité de créer des interactions avec ses voisins
  • la possibilité de vivre à contact avec la nature.

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(Photo: des endroits conviviaux et proches de la nature, éparpillées à travers l’Europe)
Beaucoup de groupes se créent, mais très peu de projets arrivent à terme: après quelques réunion et quelques mois d’enthousiasme, les envies s’essoufflent rapidement: les premières divergences émergent, l’ampleur de la tâche décourage pas mal de personnes, les mois passent sans que le projet puisse avancer.
La raison de cet impasse est que l’écovillage, tel que imaginé par la plupart des groupes (village autosuffisant du point de vue alimentaire et énergétique, utilisant uniquement des matériaux naturels et des pratiques étiques) est un projet très difficile à mettre en place. Pour que un tel projet soit mené à bien, il faut:

  • La disponibilité d’un lieu, qui soit assez grand pour loger au moins une vingtaine de personnes.
  • Que le lieu ait assez d’eau et de terre pour soutenir l’ensemble des membres
  • Qu’il soit possible d’y construire des bâtiments, d’y loger des gens et d’y implanter des activités.
  • Qu’il y ait assez de monde pour investir et rénover le lieu, ainsi que pour assurer l’autosuffisance.
  • Qu’il y ait assez de corps de métier et de connaissances pour que tous les besoins de l’écovillage soient comblés.
  • Que toutes les personnes dont l’écovillage a besoin aient envie d’y déménager et qu’ils réussissent bien leur transition.
  • Que dans toutes les phases de construction et de vie de l’écovillage, tous les besoin (eau, nourriture, abri de la pluie et du froid, instruction des enfants…) soient comblés.
  • Que entre les habitants de l’écovillage il n’y ait pas de conflits susceptibles de détruire la solidarité du groupe, ou que en cas de conflit, l’ensemble des compétences soit reconstruit rapidement.

Étant donnée la difficulté de réunir tous ces facteurs en un laps de temps relativement réduit, il y a-t-il une manière de créer un écovillage d’une manière plus facile et plus rapide?

Sur l’importance de salir ses rêves. 2: trouver sa place

Dans mon billet précédent j’ai introduit la notion de rêve propre et de rêve sale, et j’ai expliqué que la meilleure manière de garder ses rêves tous propres est de ne pas les réaliser.

Dans ce billet nous irons voir de plus près les rêves propres et les rêves sales et nous verrons ce que différencie les uns des autres.

Pour commencer, nous pouvons définir dans un rêve deux éléments, qui sont la motivation, l’environnement et notre place dans cet environnement.

La motivation est la raison qui nous pousse à poursuivre notre rêve. Si la motivation n’est pas satisfaite, notre rêve n’a plus raison d’être. La motivation est toujours quelque chose lié à nous même.

L’environnement comprend tous les éléments sur lesquels nous n’avons pas de pouvoir. On peut considérer comme faisant partie de l’environnement le climat, la géographie, la géopolitique (au moins que notre rêve soit celui de devenir le Président des États-Unis d’Amérique), le niveau d’imposition et les services publiques, les traditions et coutumes locaux…

Notre place dans l’environnement comprend les éléments sur lesquels nous avons un pouvoir. Nous pouvons décider si rentrer ou pas dans une certaine organisation, si aller vivre ou pas dans un certain pays, si pratiquer ou pas un certain métier…

Reprenons donc deux des rêves dont j’avais parlé dans le billet précédent, le bar sur un île tropicale, et la paix dans le monde, et allons les analyser.

Un bar dans une île tropicale.

La motivation qui nous pousse à ouvrir un bar dans une île tropicale pourrait être le désir d’un contact avec la nature, l’envie de travailler à contact avec le public, la passion pour la cuisine…

L’environnement est constitué par l’île tropicale elle-même, et par les conditions qui rendent facile ou difficile d’y ouvrir un bar. On y mettra dedans le climat (dans notre rêve, sur notre île tropicale il fait toujours beau, tandis que dans la réalité il y a des ouragans, des tempêtes, ou tout simplement l’hiver), la situation politique (beaucoup d’îles tropicales ont des problèmes d’instabilité politique ou de criminalité), le fait que là-bas on ne connait personne, la bureaucratie différente…

Notre place dans l’environnement comprend le choix de l’île, le choix de l’activité à y implanter, le choix du lieu où habiter, la connaissance des usages locaux, la recherche de la meilleure manière de s’intégrer avec les habitants du coin et de le faire venir dans notre bar…

Le rêve propre inclut une île où il fait toujours beau, où les gens sont gentils et jolis, les fins de mois sont toujours faciles et il n’y a pas de soucis à se faire.

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(Notre île tropicale. Source)

Le rêve sale comprend toutes les tracasseries administratives nécessaires pour ouvrir un bar dans une île tropicale, prévoit des moments difficiles (des fins de mois sans trop d’argent, une population locale pas très amiable), prend place sur une île différente de celle que nous avions initialement prévu. Ou peut-être, au lieu d’une île, trouve sa place sur une montagne et au lieu d’un bar prend la forme d’un chalet d’alpage.

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(source)

Entre le rêve propre et le rêve sale, une série de changements se sont produits: le rêve a pris conscience de l’environnement existant, et s’est modifié pour s’y adapter: le bar sur une île est devenu un chalet de montagne, mais l’envie d’être dans la nature, le contact avec les gens et l’amour pour la cuisine y sont toujours.  Le rêve est prêt pour être réalisé.

La paix dans le monde

Dans ce cas, notre motivation pourrait être l’envie d’être utile au monde, le plaisir de voir les choses bouger, le désir d’un monde plus juste et plus pacifique…

L’environnement comprend le monde entier, les désirs contrastants des peuples qui les poussent à se faire la guerre, 2000 ans de discussions philosophiques et de luttes religieuses, puis les enjeux liés au pétrole, au gaz, aux différentes ressources naturelles…

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Notre place dans l’environnement est souvent liée à l’amélioration des populations concernées par un conflit: on peut travailler ou dans une ONG pour construire des écoles et des hôpitaux dans des zones de guerre, recueillir des fonds, faire des travaux pratiques sur place. Ou bien, on peut travailler sur une échelle beaucoup plus locale: on peut s’adresser à un problème spécifique et dédier toutes ses énergies à ce problème.

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Le rêve propre prévoit une évolution des consciences très rapide, soit au niveau des leaders, soit au niveau de la population: on imagine pouvoir changer les mentalités de beaucoup de personnes en peu de temps, et de faire une nouvelle révolution.

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Le rêve sale prévoit des actions locales et beaucoup plus pratiques: la création d’une structure favorisant la cohésion sociale, un voyage dans un pays du tiers-monde pour y construire des écoles et des hôpitaux…

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Dans ce cas, entre le rêve propre et le rêve sale l’imaginaire est assez différente: dans le rêve propre le travail était intellectuel et à large échelle, dans le rêve sale le travail est pratique et à petite échelle. La motivation (l’envie d’opérer pour un monde plus juste) est toujours là.

Sur l’importance de salir ses rêves. 1: rêves propres et rêves sales

Nous avons tous des rêves: faire le tour du monde, quitter son job et ouvrir un bar dans les caraïbes, vivre dans un monde meilleur, sans guerres et avec plein d’amour…

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(Une ile des caraïbes. Ne serait-elle un lieu idéal pour y ouvrir un bar? Source)

Dans notre tête, nos rêves sont tout propres:

  • Notre tour du monde sera une vacance perpétuelle, pleine de nouvelles expériences: un peu comme les 15 jours que nous passons chaque été à la mer, mais à longueur d’année.
  • Le bar sur l’île aux caraïbes sera toujours plein de personnes intéressants et jolies, le travail sera toujours agréable et il y aura toujours assez d’argent pour s’amuser
  • Les leaders et populations du monde seront prêts à écouter nos propositions et ils arrêteront de se faire la guerre pour vivre en paix. Ou bien le peuple se soulèvera et chassera les politiciens incompétents, pour vivre en paix et en harmonie.

Une fois que le rêve commence à se réaliser, et à venir en contact avec la réalité, il se transforme: d’un rêve tout propre, il devient un rêve sale.

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(Roméo et Juliette. Leur rêve d’amour, plein de passion et romantisme, reste un rêve brisé. Source)

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(Renzo et Lucia, I Promessi Sposi: Au bout de nombreuses péripéties, leur rêve d’amour se réalise. Et leur famille dévient au final une famille ordinaire, comme toutes les autres. Source

  • Notre tour du monde, qui devait être une suite de vacances perpétuelles, devient en fait une série de hauts et des bas: c’est vrai, on visite pas mal d’endroits différents, mais il faut aussi compter la solitude, les chocs culturels, la difficulté de trouver un travail et de l’argent dans un pays qu’on ne connait pas…
  • Le bar aux caraïbes ne marche pas toujours bien: il y a les clients jeunes et jolis, mais il y a aussi les insupportables (et certains jours les insupportables dépassent en nombre les jeunes et jolis)… puis il y a les bières qui sont toujours livrées en retard, la difficulté de recruter du personnel qualifié au fin fond des caraïbes, les feuilles d’impôts qu’il faut remplir même dans les îles tropicales…
  • Malgré tous nos efforts, les leaders du monde continuent à vouloir se faire la guerre. Ou pire: nos efforts leur fait découvrir des nouvelles raisons de se détester, et de se faire encore plus la guerre!

Est-ce que ce sont des raisons valables de renoncer à poursuivre ses rêves? La réponse dans le prochain billet.

Villa à Gingins

Aujourd’hui je vous montre un autre projet pour lequel j’ai préparé le dossier d’enquête, une villa à Gingins (VD).

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Et comme d’habitude, je vous invite à faire un tour sur le site du promoteur, 3D Architecture Designs (qui est aussi l’auteur des images 3d).

Villa Minergie P-Eco à Romont: Fin des travaux

La villa Minergie P-Eco à Romont est terminée, voici le résultat!

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Pour plus d’infos, je vous invite à faire un tour sur le site du promoteur, Lab-Immo.

Les temps de l’architecture et les temps de l’homme. 3 – Squatteurs et planificateurs

Les modèles temporels explorés dans les deux billets précédents nous permettent d’individuer deux modalités de fonctionnement, celle du squatteur et celle du planificateur.

Le squatteur:

  • Saisit les opportunités que lui se présentent devant. Sait que une opportunité que se présente aujourd’hui ne sera pas forcement présente demain.
  • Prend des décisions rapidement, parfois même du jour au lendemain.
  • Fait des planifications à court terme (jours, mois quelques années au maximum).
  • Est à l’écoute des habitants et usagers actuels du lieu.
  • Propose des solutions originales, adaptées à une vaste palette d’usagers (notamment ceux qui ont des plans à court terme).
  • Arrive facilement à mobiliser les personnes autour de son projet.
  • Est focalisé sur le présent.

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(Photo: Lausanne, le Flon en 1998, source)

Le planificateur:

  • Prend beaucoup de temps avant de lancer un projet.
  • Prend des décisions lentement. Pour prendre une décision il peut attendre des mois ou des années.
  • Fait des planifications à long terme (années, décennies, siècles).
  • Est à l’écoute des habitants et usagers futurs du lieu.
  • Propose des solutions conventionnelles, adaptées à une palette d’usager plus restreinte (notamment ceux qui ont le temps d’attendre des années pour la réalisation d’un projet)
  • Arrive difficilement à mobiliser les personnes autour de son projet. Les personnes mobilisées se désengagent facilement si les résultats n’arrivent pas rapidement.
  • Arrive facilement à mobiliser les personnes (notamment celles qui sont focalisées sur le présent) contre son projet .
  • Est focalisé sur le futur.

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(Photo: Lausanne, le Flon en 2008)

Et vous, vous êtes plutôt squatteurs ou planificateurs?